Journal infime de mon quotidien, le carnet bleu s’attache au trousseau de mon voyage sous-terrain entre la maison et l’atelier. L’anti-roman du quotidien des jours qui passent ici et ailleurs.
Vendredi 14 janvier 2005 - 00h53 : A la recherche du temps réel
Voilà neuf jour que j’ai accroché le carnet bleu à mon trousseau. Un boulet lourd en poche qui me rapelle, chaque matin et chaque soir, à chaque bifurcation de la vie courante, combien il est difficile d’écrire sur les aller-retour de son quotidien.
Depuis l’achat du sèche-linge - élément déclencheur de ce projet, aussi absurde soit-il - je fais comme la chaussette qui pend : je sèche. Pas d’élan lyrique ni de trouvailles ésthétiques révolutionnaires, juste un casse-tête à résoudre. Picasso. L’artiste de l’invention érotique en peinture disait : "je ne cherche pas, je trouve". J’avais envie de noter à contrario sur mon carnet : "je ne trouve pas, je cherche".

- impression d’artiste, acrylique, 2005
Je sens que l’inspiration n’est pas loin, quelquepart, au coin de la rue. Les artistes trouvent les plus beaux trésors dans leurs obsessions, paraît-il. Moi, c’est ce carnet bleu à poil doux, cette bible maudite du quotidien qui m’accompagne partout, même dans le train-train de l’art comptant pour rien. J’avais prévu d’écrire tous les jours une note, même trois lignes, mais il n’en est rien. L’anti-roman du quotidien a une chute qui n’aura pas lieu, sauf peut-être celle de son destin.

- Monochrome noir et blanc, 3x4cm, 2005
Retour à la page 02 : J’ai aposé mon empreinte indigo sous l’étiquette bleu ciel du lave-linge. Nouveau réalisme façon Klein, j’ai presque envie d’essayer de me faire rembourser l’étendard par son prix sur ebay. Plus tard, je suis retourné chez Camel pour acheter le fruit de ma chute : une orange, bleu comme la terre, avec une grosse écorce sismique. Je ne l’ai pas croquée, ni mangée, ni même jetée. Je crois qu’elle pourrit quelquepart dans la cuisine de l’atelier, en nature morte. En page 04, j’ai collé l’étiquette de ce fruit, en forme de feuille, qui m’a servie de pochoir pour un remplissage au noir.
Le résultat me plaît, on dirait une île au milieu de l’océan, une atole de papier vierge.
à suivre...