Il y a dans ce visage une expression magnifique. Indescriptible. Un instant d’euphorie pris en flagrant délit de grâce. Une beauté plastique presque élastique. Une inspiration...Mais comment piéger sur cette toile enfin la beauté du monde : n’est-ce pas de la vanité que la peinture à vouloir l’imiter ?

Echec sur échec, j’essaye de saisir le mouvement de ce corps, d’en saisir la chair en oubliant sa forme, en tracer les lignes de forces sans pour autant en alourdir les traits : encore raté. Quelle violence à l’essayer ! Que de médiocrité répétée et de peinture gâchée ! Les feuilles volent, la main tremble d’énervement : rien à faire, c’est de pire en pire, la grâce me nargue là, devant moi, et je ne veux pas capituler ; la violence, ingrate, arrive juste derrière la création et vise en opposition, à sa destruction : le frêle pinceau taille 12 se brise en deux sous les mains brutales qui se vengent, le peintre cherchant toujours un coupable à son manque de talent. Dans la même rage compulsive, il déchire ce portrait raté en mille morceaux, une autre façon de s’exprimer. Voilà des heures qu’il cherchait là où la beauté s’était posée, et soudain, à côté, il voit une toute autre vérité. Il y avait là de belles pièces atrophiées, des morceaux de peinture isolée en papiers déchirés. Enfin quelle joie de pouvoir recomposer avec un sentiment de quiétude, l’assemblage de ses erreures assumées.


